J’ai toujours eu l’envie de me dépasser et je devais continuellement repousser les limites pour évoluer. J’ai souvenir d’une petite fille joyeuse, aimant tout exprimer à haute voix. Dès l’enfance, j’étais instinctivement poussée à rechercher la liberté du corps, et la danse était le seul moyen pour moi d’échapper aux tabous sociaux. Je ne manquais aucune occasion de danser (cérémonies, fiançailles, noces…). J’étais incapable de m’en empêcher, malgré les blâmes, les censures et les corrections. À l’époque, dans presque chaque film égyptien ou indien passé à la télévision, il y avait un mariage et, donc, des danseuses. À force d’imiter ces danseuses, j’ai appris à maîtriser la danse orientale que les occidentaux appellent « la danse du ventre ». Plus tard, quand mon corps d’enfant a peu à peu pris les formes d’un corps de femme, Je me suis inscrite à des cours de danse classique et moderne en cachette de la famille, afin d’éviter les objections et les reproches. Ce n’est qu’à mes quinze ans, lorsque je me suis, par hasard, initiée au théâtre, que j’ai commencé à comprendre ce qui était voilé : ma vérité, ma spontanéité, ma sincérité, mon audace. D’où ma colère. C’est cette colère que j’ai transformée. Elle m’a poussé à créer pour évoluer, pour me libérer de ma pudeur.

C’est le théâtre qui m’a appris le pouvoir des mots. Ma mère n’a pas réussi à me convaincre de la nécessité de tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de prononcer un mot. « Pour dire peu de choses, tu risques beaucoup! », répétait-elle souvent. Mais, je préférais prendre des risques plutôt que de me taire.


J’ai suivi l’exemple de Schéhérazade, la narratrice des Milles et une nuits qui, par la simple magie des mots, a sauvé la vie de plusieurs femmes. J’ai fini par comprendre que le moyen le plus efficace pour à la fois vaincre la peur et séduire, c’est la parole. Mais c’est en vivant au Québec et en ayant l’occasion de m’exprimer librement que l’envie de parler est devenue pour moi plus qu’une urgence, le désir de vivre pleinement. Il était indispensable pour moi de quitter mon pays natal, malgré mon amour pour la Tunisie et pour ma famille. J’avais besoin de vivre dans un pays qui me permet d'évoluer plus rapidement. Car je crois que le rôle d’un artiste, c’est surtout de « faire bouger la mer gelée en nous », comme disait le poète autrichien Rainer Maria Rilke. En osant dire ce que l’on pense, non seulement on se libère, mais on inspire aussi les autres à se libérer. C’est bien le rôle de l’artiste. Le spectacle d’humour, Arabe et cochonne bio, je l’ai créé pour dire haut et fort ce que je pense : pour changer les choses, il ne suffit pas de marquer sa présence, il faut aussi s’inscrire dans l’histoire. Et pour s’inscrire dans l’histoire, il faut d’abord croire en soi, prendre des grands risques et oser. Quand je rencontre des jeunes filles qui me disent « tu es une inspiration pour nous », ça me réjouit tellement… mon rêve d’artiste est en partie réalisé! C.V Artistique (à venir) Dossier de presse (à venir)